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15/01/2014

"Voyez-vous tous ces esprits purifiés s'élever dans les airs ?"


 

« Pourquoi te livres-tu aux impressions mixtes et inférieures ? Pourquoi descends-tu sur les degrés de l’abîme ? Et ils sont tranquilles dans ces ténèbres ! Et les transports d'une joie insensée viennent encore s'emparer d'eux ! Ces lieux de ténèbres sont pires que les mers agitées. Quand le vaisseau est descendu comme dans des gouffres, ne s'élève-t-il pas sur le sommet des flots ? Mais ici point d'alternative : les gouffres sont toujours ouverts, et dans ces gouffres toujours ouverts l'homme se sent toujours tomber et toujours descendre. Malheureux ! Ces demeures seraient-elles l'asile de ta pensée ? N'es-tu pas né pour l'élément supérieur ? Porte ta vue au dessus de ces abîmes. Contemple les régions élevées qui dominent sur ta tête ; saisis tous ces points d'appui qui sont semés dans l'immensité de l'intelligence et des véritables désirs de l'homme. Ce sont autant de branches que la sagesse te présente dans ton naufrage : portes-y la main ; ne lâche point prise que tu ne sois sorti du gouffre, et que tu ne respires un air pur. Qu'êtes-vous, éléments composés ? Vous n'êtes que l'éponge du péché. Quand ton corps est imbibé de toute ta souillure, il t'abandonne. Il rentre dans la terre, qui est la grande piscine ; et ton âme purgée, s'élève vers sa région originelle, avec tout l'agilité de sa nature. Qu'il sera beau, ce spectacle futur, où toutes les âmes qui n'auront pas succombé à l'épreuve, s'élèveront ainsi vers la région de la lumière ! Voyez-vous l'univers entier s'enfoncer dans le néant, et perdre à la fois toutes ses formes et toute son apparence ? Voyez-vous tous ces esprits purifiés s'élever dans les airs, comme la flamme d'un grand incendie, et ne montrer qu'une clarté éblouissante à la place de toutes ces matières qu'ils ont consumées, et qui ne sont plus ? »

(Louis-Claude de Saint-Martin, L’Homme de désir, § 203)

"Ne cachons plus cet homme de mensonge dans ses propres décombres et dans ses immondices"

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« Montrez-les nous se nourrissant du pain des larmes, gardant les uns auprès des autres le silence morne de la douleur et ne le rompant par intervalle que pour faire entendre les sons entrecoupés de la pénitence et pour que l’homme dise à l’homme : mon frère, c’est sur l’homme de mensonge que nous avons fondé le règne de la mort qui nous enveloppe de ses ténèbres. Ne cachons plus cet homme de mensonge dans ses propres décombres et dans ses immondices, efforçons-le de le faire paraître à découvert, afin que l’air vif le corrode jusque dans ses racines et que le règne de la mort, se trouvant ébranlé par là dans ses fondements, puisse s’écrouler et se perdre pour nous au fond de ses abîmes. »

(Louis-Claude de Saint-Martin, Ecce Homo, § 3)

"L’homme de désir lui-même est réduit à pleurer en vain"


« Quel est donc le triste état de la postérité humaine, où l’homme de désir lui-même est réduit à pleurer en vain, et à voir ses frères ou liés par de fortes chaînes dans de ténébreux cachots ou transportés dans les sépulcres de la mort et de la putréfaction ! Et cela sans qu'il lui soit possible d'agir pour leur délivrance, ni de rien opérer pour eux ! Il n'est que trop vrai, malheureux homme, que le temps, et la mort sont les rois de ce monde» 

(Louis-Claude de Saint-Martin, Le Nouvel homme, § 50.)

"Comment pourrions-nous cesser de nourrir en nous l'esprit de douleur ?"

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« Quand on pense que nous sommes tous composés de ces mêmes éléments »


« Comment pourrions-nous cesser de nourrir en nous l'esprit de douleur, ou plutôt la douleur de l'esprit quand nous considérons la voie temporelle est spirituelle de l'homme sur la terre ? L'homme est conçu non seulement dans le péché, comme le disait David de lui-même, mais il est encore conçu par le péché, vu les ténébreuses iniquités de ceux qui l'engendrent. Ces ténébreuses iniquités vont influer sur lui corporellement, et spirituellement jusqu'à sa naissance.Il naît ; il va recevoir intérieurement le lait taché de ces mêmes iniquités, et extérieurement mille traitements maladroits qui vont déformer son corps avant même qu'il soit formé ; des conceptions dépravées, des langues fausses et corrompues vont assaillir toutes ses facultés, et les épier au passage pour les infecter dès qu'il les manifestera par le moindre de ses organes. Ainsi vicié dans son corps et dans son esprit avant même d'en avoir l'usage, il va entrer sous la fausse administration de ceux et celles qui l'environnent dans son premier âge, qui sèmeront en abondance des germes empoisonnés dans cette terre déjà empoisonnée elle-même, et s'applaudiront de lui voir produire des fruits analogues à cette atmosphère désordonnées qui est devenue leur élément naturel. (…) Quand on pense que nous sommes tous composés de ces mêmes éléments, dirigés par ces mêmes lois, alimentés par ces mêmes désordres, et ces mêmes erreurs, que nous sommes tous immolés par ces mêmes tyrans, et que nous immolons nos semblables à notre tour par ces mêmes armes empoisonnées ; quand enfin on pense que telle est l'atmosphère qui nous enveloppe et nous pénètre, on craint de respirer, on craint de se regarder, on craint de se remuer, et de se sentir. »

(Louis-Claude de Saint-Martin, Le Nouvel homme, § 9.)

"J'aime à porter mes pas dans l'asile des morts"



 

« J'aime à porter mes pas dans l'asile des morts.
Là, mourant au mensonge, il me faut moins d'efforts
Pour comprendre leur langue et saisir leur pensée,
Car les morts ne l'ont pas, cette idée insensée,
Que tout s'éteint dans l'homme. En eux, tout est vivant.
Pour eux, plus de silence. Auprès d'eux l'on entend
Les sanglots du pécheur ; les fureurs de l'impie;
Les cantiques du sage ; et la douce harmonie
De ceux dont l'amitié, le zèle et la vertu
N'ont formé qu'un seul cœur pendant qu'ils ont vécu.

Homme, c'est ici-bas qu'il a pris la naissance,
Ce néant où l'on veut condamner ton essence ;
Et c'est ta propre erreur qui lui sert de soutien.
Tu sais tout ! Tu peux tout ! Et tu peux n'être rien !....
N'être rien ! .... et saisir et juger la lumière ! ....
Laisse à l'homme égaré ces rêves de la terre :
Nous n'étions qu'assoupis dans nos corps ténébreux.
Quand le temps nous arrache à leurs débris fangeux,
L'heure qui nous réveille est une heure éternelle. »

Louis-Claude de Saint-Martin, Le cimetière d’Amboise (1801), extraits.

Edition Chacornac, Paris, 1913 :

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k2046837.image.r=louis-claude+de+saint-martin.f1.langFR

"Il faudra que la chair et le sang disparaissent"

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« Le royaume de Dieu ne peut habiter avec la chair et le sang, par conséquent il faudra que la chair et le sang disparaissent,pour que les prophéties parviennent à leur accomplissement.»

(Louis-Claude de Saint-Martin, Ecce Homo, § 6)

 

"Et voilà cependant cet abîme d’horreur où je n’ai pas craint de faire mon séjour"


« Kreuzweg Ost, Sainte Obéissance »

 

« Seigneur, comment oserais-je me regarder un instant sans frissonner d’horreur sur ma misère ! J’habite au milieu de mes propres iniquités qui sont les fruits de mes abus dans tous les genres, et qui sont devenus comme mon vêtement ; j’ai abusé de toutes mes lois, j’ai abusé de mon âme, j’ai abusé de mon esprit, j’ai abusé et j’abuse journellement de toutes les grâces que ton amour ne cesse journellement de répandre sur ton ingrate et infidèle créature. C’est à toi que je devais tout offrir et tout sacrifier, et je ne devais rien offrir au temps qui est devant tes yeux, comme les idoles, sans vie et sans intelligence, et cependant je ne cesse d’offrir tout au temps, et rien à toi ;et par là je me précipite d’avance dans l’horrible abîme de la confusion qui n’est occupée qu’au culte des idoles, et où ton nom n’est pas connu. J’ai fait comme les insensés et les ignorants du siècle qui emploient tous leurs efforts pour anéantir les redoutables arrêts de la justice, et faire en sorte que cette terre d’épreuve que nous habitons ne soit plus à leurs yeux une terre d’angoisse, de travail et de douleur. Dieu de paix, Dieu de vérité, si l’aveu de mes fautes ne suffit pas pour que tu me les remettes, souviens-toi de celui qui a bien voulu s’en charger et les laver dans le sang de son corps, de son esprit et de son amour ; il les dissipe et les efface, dès qu’il daigne en faire approcher sa parole. Comme le feu consume toutes les substances matérielles et impures, et comme ce feu qui est son image, il retourne vers toi avec son inaltérable pureté, sans conserver aucune empreinte des souillures de la terre. C’est en lui seul et par lui seul que peut se faire l’œuvre de ma purification et de ma renaissance ; c’est par lui que tu veux opérer notre guérison et notre salut, puisqu’en employant les yeux de son amour qui purifie tout, tu ne vois plus dans l’homme rien de difforme, tu n’y vois plus que cette étincelle divine qui te ressemble et que ta sainte ardeur attire perpétuellement à elle comme une propriété de ta divine source. Non, Seigneur, tu ne peux contempler que ce qui est vrai et pur comme toi ; le mal est inaccessible à ta vue suprême. Voilà pourquoi l’homme méchant est comme l’être dont tu ne te souviens plus, et que tes yeux ne sauraient fixer, puisqu’il n’a plus aucun rapport avec toi ; et voilà cependant cet abîme d’horreur où je n’ai pas craint de faire mon séjour. Il n’y a pas d’autre alternative pour l’homme : s’il n’est perpétuellement plongé dans l’abîme de ta miséricorde, c’est l’abîme du péché et de la misère qui l’inonde ; mais aussi, il n’a pas plutôt détourné son cœur et ses regards de cet abîme d’iniquité, qu’il retrouve cet océan de miséricorde dans lequel tu fais nager toutes tes créatures. C’est pourquoi je me prosternerai devant toi dans ma honte et dans le sentiment de mon opprobre ; le feu de ma douleur desséchera en moi l’abîme de mon iniquité, et alors il n’existera plus pour moi que le royaume éternel de ta miséricorde. »

(Louis-Claude de Saint Martin, Prière 4, in Œuvres posthumes)

"Ma couleur réelle a été la douleur et la tristesse"


« Que l'ombre que je suis s'évanouisse enfin dans le néant »

 

« J'ai été gai ; mais la gaieté n'a été qu'une nuance secondaire de mon caractère; ma couleur réelle a été la douleur et la tristesse, à cause de l'énormité du mal (Baruch 2,18) et de mon profond désir pour la renaissance de l'homme. Aussi je ne suis gai que comme en passant et parce que ne pouvant pas toujours traiter mes semblables comme des hommes faits, je me sens porté à ne les traiter que comme des enfants : ce qui fait que je m'ennuie quand les gaietés sont trop longues ou bien je deviens désagréable et dur par impatience, chose dont je me repens et qui est très opposée à ma manière d'être. »

(Louis-Claude de Saint-Martin, Mon portrait historique et philosophique, Œuvres posthumes, de Mr de Saint-Martin, Tours, Letourmy, 1807, in-8°, vol. 1, p. 1-139.)