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15/10/2016

« Mais le soir tu te couches dans l’affliction et dans les larmes, parce que tu as en vain cherché ton épouse »

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« Homme, le mal est encore plus grand. Ne dis plus que l’univers est sur son lit de douleurs ; dis : l’univers est sur son lit de mort. »

 

« Oui, soleil sacré, c’est nous qui sommes la première cause de ton inquiétude et de ton agitation. Ton œil impatient ne cesse de parcourir successivement toutes les régions de la nature ; tu te lèves chaque jour pour chaque homme ; tu te lèves joyeux, dans l’espérance qu’ils vont te rendre cette épouse chérie, ou l’éternelle SOPHIE, dont tu es privé ; tu remplis ton cours journalier en la demandant à toute la terre avec des paroles ardentes où se peignent tes désirs dévorants. Mais le soir tu te couches dans l’affliction et dans les larmes, parce que tu as en vain cherché ton épouse ; tu l’as en vain demandée à l’homme ; il ne te l’a point rendue, et il te laisse séjourner encore dans les lieux stériles, et dans les demeures de la prostitution.

Homme, le mal est encore plus grand. Ne dis plus que l’univers est sur son lit de douleurs ; dis : l’univers est sur son lit de mort ; et c’est à toi de lui rendre les derniers devoirs ; c’est à toi à le réconcilier avec cette source pure dont il descend, cette source qui n’est pas Dieu, mais qui est un des éternels ouvrages de sa puissance, et dont l’univers n’eût jamais dû être séparé ; c’est à toi, dis-je de le réconcilier avec elle, en le purgeant de toutes les substances de mensonge dont il ne cesse de s’imprégner depuis la chute, et à le laver d’avoir passé tous les jours de sa vie dans la vanité. »

L.- C. de Saint-Martin, Le Ministère de l’Homme-Esprit (1802), première partie, « De la Nature »


« La réalité apparente est destinée à la disparition, à la finitude et au néant »

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« L’homme n’est, ne vit, et n’agit que dans la vanité et le néant »

 

 

« Deux ordres de réalité que tout oppose traversent l’homme, le déchirent, le partagent générant en lui des contradictions permanentes, des hésitations, des doutes, des repentirs, des effrois, et cela de son premier à son dernier souffle, car tout est en lutte, non seulement à l’intérieur, mais aussi à l’extérieur de l’homme, la loi des contraires ne cessant d’exercer son pouvoir sur chaque aspect du réel ; rien n’y échappe, rien n’est en mesure de s’y soustraire puisque la matière, dont tout est composé, est vouée à ce qui apparaît, croît se dégrade et meurt. Immense et irréversible mouvement qui dicte et imprime inexorablement au monde créé sa détermination et ses obligations impératives, faisant que nous sommes, concrètement, placés dans un cadre où la dualité, c’est-à-dire, pour être clair, l’opposition radicale entre la région terrestre et la région céleste, se déploie de manière la plus rigoureuse et effective qui soit. C’est pourquoi, les discours visant à relativiser cette opposition, qu’ils relèvent des vues consolantes ou des rêveries pieuses n’ont, strictement, aucun sens, ils peuvent tranquilliser l’esprit un instant, mais sont contredits constamment, et finalement déçoivent, en ramenant la créature à la dure expérience du réel, à la réalité dite, pour de justes raisons, « apparente », car ne possédant aucune consistance ontologique, une réalité matérielle destinée à la disparition, à la finitude et au néant ; un monde matériel provenant du néant, appelé à y retourner pour s’y dissoudre et disparaître à tout jamais, nous mettant en présence d’une réalité factice et illusoire – c’est-à-dire « apparente » -, identique au non-être ou au « rien » (nihil), dans la mesure où elle ne possède pas, en elle-même, son origine et sa substance, n’ayant ni la capacité de se soustraire à son anéantissement, ni les moyens de percer à jour la cause première placée à la source de la manifestation.

Saint-Martin ne s’y trompe pas, et n’abuse pas du vocabulaire lorsqu’il parle de « la masse du néant dans lequel est absorbé tout [notre] être » (Le Nouvel homme, § 1), ou lorsque soutenant que « L’homme n’est, ne vit, et n’agit que dans la vanité et le néant » (Ibid., § 23), car nous nous trouvons, objectivement, en présence d’une différence foncière entre deux règnes antagonistes, un règne fondé sur la lumière éternelle de la Vérité, un autre dominé par la nuit mortifère du néant, un règne qui possède sa vie hors de ce monde infecté par la matière, un autre qui est né de la corruption et ne se complaît que dans l’obscurité ténébreuse, une loi spirituelle d’un côté, une loi charnelle de l’autre séparant, entre ancien et nouveau, deux principes irréductibles : « Le sens de cette réponse peut en effet annoncer la différence du règne de la matière, et du règne de l’esprit, parce que le règne de la matière ne va jamais qu’en dégénérant, puisque son principe, ses moyens, son terme, tout est borné en elle, et finit par le néant ; au lieu que le règne de l’esprit ne peut aller qu’en s’accroissant continuellement, et promet toujours à l’homme de nouvelles jouissances ; or cette différence était clairement indiquée, puisque c’est le Réparateur lui-même qui avait agi directement, et spirituellement sur l’eau dont il avait fait remplir les urnes. En outre, le sens de l’observation du maître d’hôtel annonçait avec encore plus de clarté le caractère, et le terme de la loi ancienne, et l’esprit de la loi nouvelle que l’amour divin venait apporter sur la terre. » (Le Nouvel homme, § 35). »

Jean-Marc Vivenza, Le mystère de l’Église intérieure, ou la « naissance » de Dieu dans l’âme. Le cœur métaphysique et ontologique de la doctrine saint-martiniste,  Editions la Pierre philosophale, mars 2016, pp. 49-50

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